Et si on supprimait les notes à l’université ! quelques impacts sur les enseignements :

Publié le Mis à jour le


On parle actuellement beaucoup de suppression des notes à l’école. Certains proposent de remplacer les notes par des lettres, par des couleurs, par 4 niveaux d’acquisition de la compétence…L’argument avancé est souvent celui de la préservation de l’estime de soi. Il n’est pas du tout certain que pour un élève 5/20 ou Non Acquis engendre une grande différence dans la préservation de l’estime de soi. Le débat n’est sans doute pas à percevoir sous cet angle mais plus au niveau des répercussions sur les manières d’enseigner.

A l’université, la suppression des notes entraînerait nécessairement deux possibilités au moment de la validation des UE :

UE acquise car la compétence est validée / UE non acquise car la compétence n’est pas validée.

La compensation à la moyenne ne serait plus possible. Etant donné qu’on ne met plus de note, la compensation entre les UE n’est plus possible.

La validation du diplôme nécessite de valider toutes les UE.

La compensation à la moyenne est une forme de protection, ou de « déresponsabilisation des enseignants « , puisqu’au final ils ne sont pas seuls responsables de l’échec de l’étudiant. Si l’on entre dans une logique de validation compétence, la responsabilisation de l’enseignant devient nécessairement plus forte puisqu’il peut être le seul responsable de l’échec de l’étudiant. Sa responsabilité dans le blocage ou le passage d’un étudiant sera beaucoup plus importante. Elle le sera d’autant plus que l’UE dont il est responsable est la seule UE que n’arrive pas à obtenir l’étudiant.  Plusieurs conséquences peuvent être envisageables :

a) L’importance de l’évaluation, binaire finalement, va obliger pour les enseignants de définir les attendus de manière précise. Quelle est la compétence visée ? Dans quelle situation s’observe-t-elle ? Quels sont les critères qui permettent de la valider ? Pour les étudiants validant ou ne validant pas la compétence de manière marquée pas de problème, la différence se verra facilement, et la justification sera facile à donner. Mais pour les étudiants un peu tangents, souvent assez nombreux, le choix et l’identification des critères devront être très précis. Dans des écrits, des dossiers la tâche peut vite s’avérer compliquée.

b)  On peut penser que la pression des étudiants pour connaître les critères d’évaluation va s’avérer beaucoup plus forte (comme il n’existe plus de possibilité de compenser à la moyenne). La demande des étudiants obligera sans doute l’enseignant à présenter ses critères d’évaluation plus tôt dans la formation, à procéder à des évaluations formatrices plus fréquentes. La validation ou la non validation devra en effet être comprise par l’étudiant.

c) A l’heure actuelle, dans mon établissement, on peut constater que certains enseignements tournent régulièrement à 6 de moyenne avec des promotions à 300. Si l’on supprime les notes et la compensation, ces enseignements vont devenir déterminants pour la validation de l’année et risquent de bloquer la majorité des étudiants dans leur cursus. Du coup, soit les enseignants de ces matières vont réfléchir à ajuster leurs exigences, soit ils vont faire en sorte de faire plus progresser les étudiants. Toujours est-il que la pression des collègues des autres disciplines risque de devenir aussi de plus en plus forte, car ces enseignants bloquent le système (de manière plus ou moins justifiée d’ailleurs).

d) On peut aussi penser que cette forme d’évaluation sans note peut engendrer une multiplication des évaluations au sein de la même UE. Ces différentes épreuves auront pour avantage de permettre une justification plus précise quant à la réussite ou à l’échec de l’étudiant mais elles permettront aussi sans doute d’injecter une forme de compensation à l’intérieur même de l’UE. Une réflexion sur la nature des évaluations et de leur complémentarité est sans doute indispensable ici.

e) Pour rendre le processus viable, il est sans doute nécessaire d’envisager des chevauchements entre les années du cursus. L’étudiant devrait pouvoir, à certaines conditions,  continuer son cursus et valider une UE manquante l’année d’après. La répercussion sur l’organisation des emplois du temps est forte.

Mais la suppression des notes et la validation de la compétence peut aussi engendrer une forme d’indifférenciation des étudiants ayant validé la compétence. Les étudiants ayant validé la compétence ont tous le même statut : ils ont validé. On ne sait pas s’ils l’ont fait « avec brio » ou « ras les pâquerettes ». La différenciation devra nécessairement s’envisager sans quoi, le système de validation des compétences pourra aussi engendrer des stratégies minimalistes et faire disparaître les très bons travaux. La note permettait de le faire,  ROGGIERS propose de distinguer dans un système de  note le critère de compétence et le critère de perfectionnement.  Dans un système de validation des compétences, sans note, on est obligé de trouver d’autres formes de différenciation : Un système mixte où le critère de compétence est validé et  le critère de perfectionnement est coté ;  Une revalorisation des appréciations qui peuvent retrouver de ce fait un rôle centrale dans l’évaluation.

On le voit la suppression des notes au profit d’un système de validation des compétences impacte directement les formes d’enseignement. Le débat actuel n’abordent pas les problèmes de fond, c’est à dire les répercussions du système d’évaluation sur l’activité d’apprentissage et d’enseignement.

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Une réflexion au sujet de « Et si on supprimait les notes à l’université ! quelques impacts sur les enseignements : »

    Lucas a dit:
    décembre 17, 2014 à 12:50

    Salut JC, Super article! Il nous permet de bien cerner -concretement- le problème! Pas seulement en blamant la notation et en vantant la validation par competence, mais en se posant les questions sur les variables et les impacts d’une telle modification.

    On pourrait aussi imaginer un impact sur la temporalité des évaluations: Un étudiant pourrait valider une competence avant la fin du semestre. il ne serait alors pas obligé de venir aux « restes » du cour. Cela permet à l’enseignant de simplifier sa tache: moins d’heterogénéité des étudiants dans la classe, le contenu est donc plus ciblé sur les problèmes des étudiants restant. Pour éviter que l’étudiant qui ait validé en cours de semestre ne retourne chez soi, l’enseignant pourrait s’appuyer sur ce dernier dans son cours, afin de favoriser le travail en diade, ou de diviser la classe pour différencier plus encore la pédagogie.Cela permettrait de diminuer le quota d’etudiant par formateurs (= professeurs et etudiants qui ont validés) dans une même classe; et à terme de lutter contre l’echec: un contenus plus approprié à l’étudiant, plus de présence/suivit du formateur…
    Le fait de combler les deux approches me parait intéressant, cependant on resterait dans un contexte de « notation ». Il faudrait pour etre en accord avec ce que tu nous présente de Roggiers, créer differents niveaux de validation d’une compétence: « Competence non acquise ». « Competence acquise ». « Competence plus qu’acquise (début de spécialisation/perfectionnement) », et pour revenir au point précédent: « compétence assimilée car enseignée à d’autres etudiants(spécialisé/ »parfaite ») ». La compensation entre les UE pourraient se faire à partir d’un seuil de maitrise (un degré de spécialisation) de la competence dans une UE en particulier.

    A méditer…

    A plus!

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