Numérique

Le numérique : résistances au changement ou absence de reconnaissance du travail des enseignants ?

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 Voici quelques réflexions que j’ai entendu dans mon établissement et qui sont en partie significatives des résistances envers l’enseignement à distance et l’utilisation du numérique à l’université : 

«  L’ innovation pédagogique est bien trop souvent reliée à la réussite des étudiants, innover ne veut pas dire obligatoirement faire réussir », (ne rien faire non plus !!)

«  malheureusement bientôt nous ne verrons plus d’étudiants dans les salles mais tout se fera de manière virtuelle »,

« en produisant plus à la maison les étudiants peuvent tricher »,

« en mettant les cours en ligne avant le cours, les étudiants n’écoutent plus le cours »,

« en proposant des activités numériques en cours, c’est rapidement la foire ».

En fait le numérique engendre une forte résistance au changement. M DEVELAY 2001 identifie entre autres plusieurs raisons à cette résistance au changement face aux innovations pédagogiques chez les enseignants, remise en cause de routine d’enseignement, énergivore et source d’inquiétude, incertitude quant à l’efficacité, absence de reconnaissance de l’innovation, contradiction entre cohérence et co-errance.

Mais un autre problème se pose de manière simultannée.

Il s’agit de la prise en compte des heures de préparations et de suivi des travaux numériques. Ces derniers ne s’effectuant pas en présentiel, le travail est souvent mal reconnue par l’institution et n’incitent pas les enseignants à se lancer dans un travail basé sur le numérique. Pour compenser cette absence de prise en compte, l’université met à disposition des composantes un volant d’heures à destination du développement de l’enseignement numérique. La question est comment les attribuer ? selon quelles règles ? Il est probable que tant que cette question ne sera pas résolue, le numérique aura bien du mal à s’implanter.

Cette question est d’autant plus complexe qu’il existe différents modes d’intégration du numérique dans les cours

–          Formations à distance de manière complète

–          Formations à distance avec quelques semaines de cours en présentiel

–          Formations en présentiel avec des supports à distance.

–          Formations en présentiel.

Les formations en présentiel avec des supports à distance se regroupe  sous l’appellation de formations hybrides. La part de la formation à distance et de la formation en  présentiel est cependant assez fluctuante et l’UQAM définit plusieurs niveaux d’hybridation :

(https://sites.google.com/site/versluqambimodale/Home/la-formation-hybride) :

Juxtaposition : l’hybridation peut être simple (chaque composante est utilisée de façon indépendante), en série (les composantes se suivent selon un ordre spécifique) ou en parallèle (les composantes permettent de réaliser la même tâche).

Intégration : dans cette hybridation systémique, les composantes se soutiennent mutuellement et se renvoient l’une à l’autre.

Collaboration : dans l’hybridation assistée, les composantes sont complétées par du tutorat, du coaching ou du mentorat, ainsi que des activités collaboratives.  Elle se caractérise par l’émergence de communautés de pratiques.

Expansion : dans l’hybridation implantée, le système inclut des ressources sur les lieux de travail, des médias électroniques, le Web et des équipements mobiles.  Le transfert des apprentissages s’en trouve facilité.

Devant la diversité des formules, des modes spécifiques de prise en compte du travail des enseignants doivent sans doute être pensés.

Avis d’un petit groupe d’étudiants sur l’utilisation du numérique en cours

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J’ai questionné à l’oral des étudiants de  2e année sur le numérique. Ce sont des étudiants qui ont été  amenés, au cours du semestre, à tenir un blog, à réaliser des cartes conceptuelles, à réaliser de podcast, à publier sur slideshare, à faire des statistiques sur excel, à utiliser une application « boitiers de votes » … Voilà ce qu’ils pensent collectivement.

Appréciez-vous que le travail en cours et à la maison mobilisent des outils numériques ?

Ils répondent tous que c’est plus motivant ; que « la variété des supports constituent une source de motivation supplémentaire » ;   qu’ils ont la satisfaction de produire quelque chose ; que « la diffusion des travaux sur internet est également une source de motivation ». Pour l’anecdote, au cours de cet entretien j’ai d’ailleurs appris que dès la première année ils avaient créé une page Facebook pour se tenir au courant sur les aspects organisationnels du  cours. Je leur ai fait remarquer qu’ils ne m’avaient pas invité !! Ils m’ont répondu que les aspects organisationnels dont ils parlaient ne concernaient finalement pas que le cours !

Les pratiques numériques vous aident-elles à apprendre ?

De nombreux étudiants mettent en avant le partage du travail comme un avantage important dans les pratiques numériques : ils avancent que «  les échanges entre étudiants sont facilités » ; qu’ « ils peuvent prendre connaissance du travail des autres étudiants de la classe plus facilement ». Ensuite ils apprécient aussi les outils comme les logiciels de carte conceptuelle et constatent que lorsqu’ils font leur carte cela les aident à mieux comprendre et à mieux mémoriser.

Rencontrez-vous des difficultés dans l’utilisation de ces outils ?

Les réponses montrent une certaine hétérogénéité dans la maîtrise des outils informatiques. Certains disent que pour eux cela rend aussi le travail un peu plus difficile. Une autre réponse concerne le débit du réseau WIFI sur le campus, qui connaît des difficultés aux heures de pointe et là le travail devient vraiment impossible car les chargements sont trop lents. Enfin un étudiant pointe également le caractère un peu inégalitaire de ces pratiques en regard de la qualité des machines que possèdent les étudiants.

Quelles pratiques numériques rencontrez-vous dans vos cours ?

Très peu d’ enseignants utilisent le numérique, et « lorsque les enseignants le font c‘est juste pour déposer des documents à lire sur une plateforme ». Ils disent que « c’est vraiment dommage qu’à l’université on n’utilise pas plus ce genre d’outils car c’est ce qu’on aura à utiliser plus tard »

Le cours idéal doit-il intégrer des outils numériques ?

La réponse est unanime : oui !